C’est déjà l’un des marchés politiques les plus actifs au monde. À neuf mois du premier tour, le marché « Prochaine élection présidentielle française » de Polymarket dépasse les 111 millions de dollars de volume échangé, avec 36 candidats potentiels cotés en continu. Et le tableau qu’il dessine est celui d’une course exceptionnellement ouverte : trois candidats se disputent la tête autour de 26-27 %, sans qu’aucun favori net ne se dégage. Décryptage.
Un trio de tête dans un mouchoir de poche
À la mi-juillet 2026, les traders placent en tête un trio très serré : Marine Le Pen et Édouard Philippe autour de 27 %, et Jordan Bardella autour de 26 %. Un écart de quelques points à peine, qui traduit une incertitude majeure : à ce stade, le marché estime qu’aucun scénario ne dépasse une chance sur trois de se réaliser. À titre de comparaison, à la même distance de l’élection américaine de 2024, le duel Trump–Biden était déjà beaucoup plus polarisé.
Cette configuration à trois têtes reflète une double incertitude française. À l’extrême droite, la question de l’éligibilité de Marine Le Pen, suspendue à son procès en appel, crée un phénomène rare sur un marché prédictif : deux candidats du même camp cotés simultanément à des niveaux élevés, le prix de Bardella fonctionnant en partie comme une « assurance » sur l’incéligibilité de la triple candidate. Au centre droit, Édouard Philippe incarne le scénario d’une transmission de l’électorat macroniste — mais sans primaire organisée ni candidature déclarée du côté de l’ex-majorité, son prix reste une hypothèse autant qu’une conviction.
Ce que les mouvements de prix racontent
L’historique du marché se lit comme un résumé de l’année politique. Le sondage Odoxa de novembre 2025 installant Bardella comme favori des intentions de vote a fait bouger son prix de plusieurs points. L’annonce de la date du verdict en appel de Marine Le Pen a mécaniquement renforcé la cote de son président de parti. L’investiture de Bruno Retailleau par Les Républicains, plébiscitée par les adhérents, a consolidé sa position dans le peloton. Et l’épisode le plus spectaculaire reste celui de Dominique de Villepin : porté un temps à 41 % par un engouement médiatique, son prix s’est effondré à 3 % après le lancement de son parti Humanist France — la foule des traders jugeant sévèrement ses perspectives électorales réelles. Un rappel utile : sur un marché prédictif, la notoriété ne vaut pas probabilité de victoire.
À côté du marché principal, des marchés satellites affinent la lecture : « Qui sera sur le bulletin ? » (141 000 $ de volume, où la candidature de Jean-Luc Mélenchon est cotée à 95 %), ou encore « Qui sera le candidat du Rassemblement national ? », où Bardella devance nettement Le Pen. En croisant ces marchés, on peut littéralement reconstituer l’arbre des scénarios que la communauté des traders juge les plus probables.
Marchés contre sondages : qui croire ?
Comme nous l’expliquions dans notre comparatif marchés prédictifs vs sondages, les deux outils ne mesurent pas la même chose. Un sondage photographie une intention de vote à un instant donné ; un marché agrège en continu toutes les informations disponibles — y compris les scénarios judiciaires, les hypothèses de candidature et les dynamiques de report — en une probabilité de victoire finale. C’est pourquoi Bardella peut dominer les intentions de vote de premier tour tout en étant coté au coude-à-coude avec un Édouard Philippe mieux placé dans les hypothèses de second tour. La vraie valeur informationnelle est dans l’écart entre les deux instruments.
Un marché à suivre, pas à trader depuis la France
Rappel indispensable : Polymarket est géobloqué en France depuis novembre 2024 à la demande de l’ANJ, et les plateformes de marchés prédictifs y sont considérées comme des offres de jeux d’argent illégales — nous avons détaillé le dossier dans notre analyse du bras de fer ANJ–Polymarket. La consultation des cotes, en revanche, reste libre : c’est précisément l’objet de cette rubrique. Nous suivrons l’évolution de ce marché à chaque temps fort de la campagne — verdict en appel, déclarations de candidature, primaires éventuelles — jusqu’au dénouement d’avril 2027.
Cet article est informatif. Il ne constitue ni un conseil financier, ni une incitation à utiliser une plateforme non autorisée en France, ni une prise de position politique : les probabilités citées reflètent uniquement les prix de marché à la date de publication.