Drapeau français flottant sur un mât, illustration du blocage de Polymarket en France par l'ANJ

Polymarket bloqué en France : ce que dit vraiment l’ANJ, et ce qui pourrait changer

Blocage de novembre 2024, mise en garde de février 2026, contraste avec la régulation américaine : le point complet sur le bras de fer entre l'ANJ et Polymarket.

« Les personnes situées en France ne sont pas autorisées à utiliser la plateforme. » Ce message, des dizaines de milliers de Français l’ont découvert en tentant d’ouvrir Polymarket depuis fin 2024. Un an et demi plus tard, le blocage est toujours en vigueur, et l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a durci le ton. Retour sur un bras de fer réglementaire qui dépasse largement le cas français.

Novembre 2024 : l’affaire « Théo » déclenche tout

Tout commence pendant l’élection présidentielle américaine de 2024. Un trader français, connu sous le pseudonyme « Théo », place plusieurs dizaines de millions de dollars sur la victoire de Donald Trump via Polymarket — et remporte son pari de manière spectaculaire. L’affaire fait le tour des médias et attire l’attention du régulateur français : comment un résident français a-t-il pu engager de telles sommes sur une plateforme sans agrément, sans contrôle d’identité et sans aucune limite de mise ?

L’ANJ examine alors le site et conclut que ses services constituent une offre de jeux d’argent et de hasard non autorisée au sens du droit français. Elle se rapproche de l’éditeur du site, la société de droit panaméen Adventure One QSS Inc. Résultat : le 29 novembre 2024, l’autorité annonce que Polymarket a mis en place un géoblocage empêchant toute prise de position depuis la France. Fait notable : il n’y a pas eu de procédure coercitive formelle — la plateforme a préféré se conformer d’elle-même, sachant que la fourniture d’une offre illégale de jeux d’argent constitue un délit pénal passible de trois ans d’emprisonnement et de 90 000 euros d’amende.

Février 2026 : l’ANJ hausse le ton

Le 24 février 2026, l’ANJ publie une mise en garde publique beaucoup plus large. Cette fois, ce n’est plus seulement Polymarket qui est visé, mais l’ensemble des plateformes de marchés de prédiction, toutes qualifiées de sites de jeux d’argent illégaux en France. Le régulateur avance des chiffres impressionnants : plus de 27,9 milliards de dollars échangés sur ces plateformes entre janvier et octobre 2025.

L’argumentaire de l’ANJ repose sur deux piliers. D’une part, ces plateformes présentent selon elle des propriétés addictives comparables aux jeux d’argent en ligne, sans offrir les protections imposées aux opérateurs agréés : pas de limite de mise, pas de vérification d’identité, pas de mécanisme d’auto-exclusion. D’autre part — et c’est l’argument le plus frappant — le régulateur estime que certains marchés créent une incitation financière à provoquer ou accélérer des événements négatifs, en permettant de parier sur des conflits armés ou des événements géopolitiques sensibles.

Un paradoxe : illégal en France, régulé aux États-Unis

Ce qui rend la situation française singulière, c’est le contraste avec l’évolution américaine. Fin 2025, Polymarket a obtenu le feu vert de la CFTC, le régulateur américain des marchés dérivés, et opère désormais aux États-Unis comme une bourse régulée, avec vérification d’identité obligatoire et intermédiaires agréés. L’administration américaine soutient ouvertement les marchés de prédiction, même si des résistances persistent au niveau des États — le Nevada a obtenu une ordonnance de blocage temporaire, et un projet de loi vise à interdire aux élus fédéraux d’y parier.

En Europe, en revanche, le mouvement va dans le sens du blocage : la Belgique a inscrit Polymarket sur sa liste noire, et l’Espagne a ordonné en mai 2026 le blocage de Polymarket et de Kalshi après l’ouverture d’une procédure disciplinaire. La France n’est donc pas isolée : elle a simplement été parmi les premières à agir.

Et maintenant ? Les scénarios possibles

Trois trajectoires se dessinent. La première, la plus probable à court terme, est le statu quo : blocage maintenu, marchés de prédiction inaccessibles légalement, et surveillance renforcée de l’ANJ, y compris envers les sites qui font la promotion de ces plateformes. La deuxième serait une évolution réglementaire européenne : le règlement MiCA encadre déjà les crypto-actifs, mais ne couvre pas directement les marchés de prédiction décentralisés — un vide que Bruxelles pourrait combler. La troisième, inspirée du précédent américain, verrait une plateforme demander un agrément auprès d’un régulateur européen avec un produit adapté (KYC, limites, protections). Aucun dossier de ce type n’est public à ce jour.

Ce qu’il faut retenir

Polymarket est géobloqué en France depuis le 29 novembre 2024 à la suite de l’intervention de l’ANJ, et le régulateur a confirmé en février 2026 que toutes les plateformes de marchés de prédiction sont considérées comme illégales en France. Le contraste avec la régulation américaine nourrit le débat, mais en l’état, aucun signal ne laisse présager une légalisation prochaine. Sur PolymarketFrance.com, nous continuons de suivre les marchés en tant qu’outil d’information — et nous vous tiendrons informés de toute évolution réglementaire.

Cet article a une vocation purement informative. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni une incitation à utiliser une plateforme non autorisée en France.